Ces images ont été réalisées entre Beyne-Heusay, Chaudfontaine et Chênée, principalement sur le site du Ry-Ponet. Au début de cette série, cet espace vert, ponctué de quelques habitations, faisait l’objet d’un projet immobilier prévoyant notamment la construction de parkings et le remplacement de la ferme carrée par une salle de fête.
C’est à ce moment-là que j’ai commencé à y faire des images, avec l’idée de documenter un lieu que je pensais déjà condamné. Les premières photographies (qui ne figurent pas dans cette archive) montraient des machines abattant des arbres, laissant derrière elles des zones mises à nu. Certaines images présentes ici témoignent encore de ces espaces vides qui, à l’époque, semblaient en attente d’une réhabilitation et d’une bétonisation.
Entre-temps, j’ai découvert l’existence d’un collectif militant opposé aux investisseurs, aux bâtisseurs, mais aussi aux communes concernées par le parc. J’ai été en contact avec certaines personnes, que j’ai photographiées lors d’un rassemblement, mais j’ai choisi de ne pas inclure ces portraits ici. Je ne voulais pas que ces images soient explicitement rattachées à une revendication ou à une position politique. J’avais plutôt envie que la démarche elle-même porte une forme de militantisme. Une manière, sans prétention, de regarder ce lieu en tenant compte de sa fragilité, mais aussi de ses transformations au fil du temps. Car, au fur et à mesure des années, j’ai observé que le lieu évoluait, sous l’effet de l’exploitation humaine, mais aussi simplement du passage du temps et des saisons.
Dans une interview donnée à l’ICA (Institut Culturel d’Architecture) en 2024, j’évoquais cette relation entre nature et culture. Ce qui m’a le plus marqué, c’est leur cohabitation. Sur les sites où ces images ont été prises, la nature se réapproprie souvent le bâti, l’utilise pour se maintenir et se développer. De son côté, l’être humain exploite la nature pour en tirer des ressources et produire de la nourriture. L’ensemble semble s’inscrire, du moins par endroits, dans une forme de respect des lieux. C’est ce qui m’est apparu progressivement en regardant les images, et c’est aussi ce que j’ai cherché à transmettre : cette idée de cohabitation.
Pour moi, cette cohabitation est indissociable d’une forme de contemplation. C’est pourquoi j’ai choisi de travailler à la chambre 4x5. Elle impose un temps lent, qui oblige à observer, à écouter, à analyser les relations entre nature et culture. Beaucoup plus contraignant qu’un appareil 24x36 mm — surtout au début, avec une chambre SINAR de studio — ce dispositif m’a amené à me limiter à un périmètre restreint. Cela m’a poussé à travailler en profondeur, à m’ancrer dans un même lieu. Souvent, je produis beaucoup d’images au même endroit, puis je ralentis avant d’en explorer d’autres. J’y vois une manière de comprendre ce que je cherche, avant de le déplacer ailleurs : explorer des motifs similaires, créer des séries dans la série.
Ce n’est que deux ans plus tard, lorsque j’ai acheté une chambre pliable, que le déplacement est devenu plus fluide. J’ai alors pu aller plus loin, revenir sur certains lieux et les rephotographier à l’identique. Mais le temps manquait pour tout reprendre. J’ai donc choisi, pour ce premier volume, de m’en tenir à une première lecture d’un ensemble de lieux. L’idée est d’y revenir plus tard, pour montrer l’évolution des paysages, mais aussi pour approfondir certaines zones encore peu explorées ici.
Au final, travailler à la chambre 4x5 m’amène à produire moins d’images — le processus est plus long — mais aussi à revenir. À compléter, à reprendre, à observer ce qui a changé. Les lieux évoluent, et cela implique de refaire des images tout en en produisant de nouvelles, qui, à leur tour, appelleront peut-être d’autres retours. Ce premier volume constitue ainsi une première étape, une forme d’esquisse d’un travail sur un territoire restreint, mais particulièrement riche.
Enfin, cette archive comprend également des scans de végétaux cueillis ou ramassés sur les lieux photographiés. Je souhaitais les intégrer pour ouvrir une autre manière de documenter un même territoire. Peut-être est-ce là le point de départ d’autres formes, qui apparaîtront dans les volumes à venir.
Extrait de la série.